Ballodromes

Sur les places de nos villages, se devinent parfois des lignes énigmatiques. Elles courent le long des bâtiments, parfois même dessus, et dessinent d’étranges territoires fictionnels. Ce sont des terrains de balle pelote, appelés aussi jeux de balle ou ballodromes. En Hainaut, la balle pelote a longtemps été le sport le plus populaire. Pourtant, victime de nombreux changements sociétaux, sa pratique s’éteint peu à peu et les lignes de ses ballodromes s’effacent inexorablement. La balle pelote, Andy Simon la pratique depuis l’âge de 5 ans. Depuis plusieurs années, tel un archéologue de l’imaginaire, c’est avec son œil de photographe qu’il com pile inlassablement ses traces. Aujourd’hui encore, 405 ballodromes ponctuent le paysage belge, principalement wallon, autant de photographies brutes, nues, dans lesquelles se dessinent le paysage de l’ancien bassin industriel et celui de nos campagnes. Andy Simon ne dresse pas un portrait nos- talgique, un « c’était mieux avant » de ces espaces. Le regard qu’il pose est celui d’un observateur méthodique, le simple constat de l’évolution d’un territoire et de ses usages, un témoignage dans les pas de la DATAR ou de la FSA. Des ciels gris, qui contrastent avec lignes blanches, rouges et jaunes. Des terrains vides, loin de l’effervescence – souvent un lointain souvenir – des luttes du week-end, où le silence résonne comme pour mettre en exergue la désuétude de lieux peu à peu privés de leur sens. Des terrains qui apparaissent désormais comme des spectres et font écho à la rurbanisation des villages hennuyers et à la transformation de ces places, où s’incarnait la vie sociale, en parkings communaux. En figeant l’image de ces ballodromes, Andy Simon fabrique une archive, un espace hors du temps où continuent d’exister ces lieux.

Texte de Pierre Hemptinne pour PointCulture

Andy Simon dresse la cartographie de 405 jeux de balles, en Belgique et Hauts-de-France. Il en photographie la configuration, nue, déserte, incrustée dans le tissu rural, petites places de villages, bistrots, églises. Archéologie, là aussi, d’une tradition, d’une vie sociale. C’est peut-être parce que, manifestement, il est joueur lui-même que ces terrains sont vus comme de l’intérieur, avec leurs lignes blanches énigmatiques ? Sur une carte blanche, il répertorie le nom de tous les lieux dotés d’un ballodrome, points connectés, vivants, où la passion subsiste, vibre. Pour traverser assez souvent, le samedi, pas mal de ces patelins, j’ai bien en tête l’animation discrète qui y règne quand il y a match, l’esthétique des gestes et mouvements, les cris rituels, les impacts (gant contre balle), les silences, les commentaires. Une socialisation en voie de disparition (mais qui résiste).